Récit de notre excursion à Kawaguchiko, un day-trip depuis Tokyo pour (enfin) en prendre plein les yeux en voyant le Mont Fuji.
Le Mont Fuji a quelque chose de mystique. Véritable icône du Japon, il est omniprésent dans les représentations du pays, tant à l’étranger qu’au Japon même. Son caractère sacré et intemporel fascine les Japonais, qui ont créé toute une scénographie autour de lui. Paradoxalement, ce lieu emblématique est presque inaccessible.
Voir le Mont Fuji se mérite
Pourquoi inaccessible ? D’abord à cause des conditions météorologiques : rares sont les jours où on peut l’apercevoir, et encore plus rares ceux où on le distingue clairement. La météo change constamment en raison de sa situation géographique, la mer apportant nuages, brouillard et humidité. D’une heure à l’autre, il peut apparaître puis disparaître. Il est également difficile d’accès physiquement : son ascension, réservée aux personnes en bonne condition physique, n’est possible que deux mois par an. Un élément central du pays, donc, mais difficile à atteindre.
Lors de notre premier voyage au Japon, nous voulions naturellement voir le Mont Fuji, mais nous ne l’avions pas inclus dans notre programme. On nous avait prévenu qu’il y avait de fortes chances que nous ne puissions pas le voir le jour prévu. Ne voulant pas consacrer une journée entière à un déplacement potentiellement infructueux, nous avions renoncé. Même nos tentatives d’aperçus depuis le train entre Tokyo et Osaka, puis entre Kyoto et Tokyo, s’étaient soldées par des échecs.
Pour notre deuxième séjour d’un mois, nous espérions avoir plus de chances, mais sans vouloir dédier une journée spécifique au Mont Fuji. Durant notre seconde partie de séjour à Tokyo, nous avions laissé quelques jours libres, avec l’option de tenter l’excursion si la météo le permettait. La chance nous a souri : en consultant la météo le vendredi pour le dimanche suivant, nous avons constaté qu’il devait faire beau. Après quelques hésitations, nous avons finalement acheté le samedi des billets de bus depuis Shinjuku vers le Lac Kawaguchi, sans certitude de pouvoir admirer le mont.

Fuji-san caché derrière les nuages
Le dimanche matin, tôt, nous avons pris le bus. À l’approche de Kawaguchi, la brume et les nuages dominaient, laissant peu d’espoir de voir le mont immédiatement. Mais les prévisions continuaient d’annoncer du soleil. C’est alors que nous avons appris l’existence du parc d’attractions Fuji-Q Highland, comprenant une zone Naruto-Boruto. Fans de cet univers et sans perspective immédiate de voir le Mont Fuji, nous avons décidé en trois minutes de descendre du bus pour visiter ce parc.
Bien que plus petit que celui de Kobe, le parc Naruto-Boruto de Fuji-Q Highland offrait une expérience complémentaire. Bien que plus petit, les décors étaient remarquablement réalisés. Nous avions vraiment l’impression d’être dans le village, avec davantage de personnages en statue. Nous avons participé à deux activités : un tir au pistolet sur des animations et un parcours scénographique permettant de prendre des photos. Un moment agréable pour nous replonger dans cet univers que nous adorons.
À la sortie du parc, les nuages s’étaient dissipés, et nous commencions à apercevoir le Mont Fuji.

Fuji des villes, des temples et des champs
Nous avons rejoint le centre-ville de Shimoyoshida où nous avons commencé à avoir une belle vue du Mont Fuji, visible derrière un 7-11 ou un passage à niveau. Avant d’explorer davantage : pause gourmande durant laquelle j’ai pu goûter aux unagi (anguille préparée traditionnellement dans une boîte rectangulaire avec sauce) que je voulais absolument tester, tandis que Tim a savouré du beef cutlet (bœuf pané à griller sur pierre), deux expériences culinaires excellentes.
Nous avons ensuite parcouru l’Honcho Street et sa célèbre vue du mont entre les bâtiments. Après un rapide détour par le Fab Café Fuji, nous nous sommes dirigés vers la pagode rouge de Chureito dans le parc Arakurayama Sengen, célèbre pour son panorama. Malgré l’affluence, le lieu valait le détour : depuis cette hauteur, nous avions une vue splendide sur le mont Fuji encadrant la pagode rouge, créant ce tableau si célèbre et si beau.
Notre exploration s’est poursuivie vers le lac Kawaguchi, où nous avons emprunté le ropeway jusqu’à l’observation deck. À ce moment, quelques nuages commençaient à voiler le mont, mais l’expérience du téléférique et la vue depuis l’observatoire – avec le Mont Fuji d’un côté et le lac de l’autre – étaient magnifiques. Le site abritait également un petit temple aux lapins et d’autres parcours que nous n’avons malheureusement pas pu faire en raison de la boue.
Notre dernière vue du Mont Fuji fut près du fameux Konbini, derrière lequel on aperçoit le mont et la célèbre voie ferrée souvent photographiée. Hélas, il était déjà tard et le mont était presque entièrement dissimulé par les nuages.

Un dimanche précieux
Cette évolution tout au long de la journée nous a fait réaliser combien, même par beau temps, son observation reste précieuse et changeante.
Ce paysage immuable est d’une beauté saisissante : la courbure élégante du mont, son isolement sans autres reliefs à proximité, cette silhouette progressive aux belles courbes, les dégradés de couleurs entre le sommet enneigé et le bleu clair sous le soleil… On comprend pourquoi ce tableau fascine tant les Japonais et le monde entier, et pourquoi Hokusai en a fait une source d’inspiration inépuisable à travers ses nombreuses représentations.
Nous nous sommes sentis privilégiés de pouvoir admirer le Mont Fuji de nos propres yeux, sous différents angles et par une belle journée ensoleillée. C’est une image dont on ne se lasse pas, et si nous retournons au Japon, nous tenterons sûrement de le voir sous d’autres perspectives, tout en sachant que les conditions ne seront peut-être pas aussi favorables. Le Mont Fuji conserve ainsi son caractère mystique, entre accessibilité rare et beauté éternelle.

